Woyzeck

D’après l’oeuvre de Georg Büchner

Une Création de la Compagnie en Eaux Troubles

2014

La nouvelle création de la compagnie en Eaux Troubles part au bord de la mer et débarque en Europe après avoir sillonné la Californie brûlante.

Voici une ville au bord de l’océan dans laquelle les soldats reviennent de la guerre. Des soldats dans une ville en paix. Qui vit, qui boit, qui ne se pose pas de questions. La présence dans le même lieu de civils et de soldats crée un décalage. Un jour des soldats ont vu, ont vécu le tonnerre des champs de bataille. Mais aujourd’hui c’ est terminé, la paix est là, la ville est tranquille et la vie suit son cours. Il reste les traces, les traumatismes, les échos de la guerre plantés dans les soldats. Comme autant de blessures physiques, leur regard sur le monde est profondément perturbé. Comment vivre à nouveau ? Comment profiter du soleil quand on est encore sali par la guerre, quand le soleil et le bonheur des autres vous échappent ? Les soldats sont blessés, décalés, perdus. Ils sont la blessure qui reste au milieu de gens qui ne demandent qu’à oublier.

Büchner met en scène une ville qui ressemble au monde. Une ville où chacun a sa place et doit la garder. Une ville où il faut vivre malgré tout, en baissant la tête. Là-dedans il y a Woyzeck, un homme qui ne voit plus le monde comme les autres. Un homme qui est passé de l’autre côté du miroir. Opprimé, oublié, il erre avec son impuissance à contrôler le monde et les autres autour de lui.

Cette pièce est pour nous immensément contemporaine. Elle met en scène une ville qui est celle d’aujourd’hui : où chacun travaille et puis s’assomme pour dormir. Une ville où l’argent est perdu aussi vite qu’il est gagné. Une ville toujours pressée, toujours fatiguée, toujours au bord de la rupture. Une ville comique où un

tambour-major affiche sa richesse et son doré, où le docteur veut contrôler l’humain et non plus seulement les corps. Une ville où chacun pense avoir un contrôle sur le monde. Une ville qui vit dans l ’agitation en croyant avancer. Là-dedans, un personnage est décalé, visionnaire, violent, incontrôlable, dangereux, il avance comme une vague, comme la mer. Dans cette ville au bord de la mer, lorsque les choses commencent à déborder, lorsque les personnages quittent leur poste, tout chavire. C’est pour cela que nous avons travaillé sur un groupe de militaires qui fait et défait l’espace, un groupe de qui tout naît.

D’une ville allemande à la campagne dans la pièce, nous partons au bord de l’océan pour faire rencontrer la saleté du monde avec l’infini de l’être humain. Lorsqu’on tente à chaque fois de l’expliquer, il échappe, il s’éloigne. La mer est pour nous cette échappée, ce rêve.

Il y a la beauté de cette langue rugueuse, le comique incroyable des personnages ridicules qui paradent, le tragique d’un couple qui se déchire et la poésie du regard sur le monde. Tout est théâtre dans cette pièce, tout nous parle d’aujourd’hui.

Il y a la tragédie du couple, les turpitudes des relations entre les hommes, le comique des militaires qui s’ennuient, le mystère et les lumières dans la nuit. Il y a un monde sur scène, qui brille parfois, qui est sale parfois.

Nous voulons prendre ce texte par la force de notre collectif, par notre tous en scène. Nous voulons répondre à la solitude des personnages par le tous ensemble de la troupe.

Ce texte est connu, a déjà été mis en scène. Tant mieux, c’est un texte qui parle, qui touche. C’était à notre tour d’y entrer, à notre manière, jeune, dynamique. Pour le faire exploser encore une fois.

D’après : Woyzeck de Georg Büchner.

Avec et par : Ghislain Decléty, Bastien Carpentier, Baudouin Cristoveanu, Lucas Dardaine, Alexandre Molitor, Alyssa Tzavaras, Laure Bouvet

Ils ont également joué dans ce spectacle: Sophie Imbeaux, Eva Freitas

Mise en scène, adaptation et scénographie: Paul Balagué

Musique: Samuel Valensi

Lumières: Ludovic Heime

Construction décors: Franck Carpentier

Prix de la meilleure scénographie du Festival Reims Monte en Scène 2014.

Prix de la meilleure comédienne Festival Achtéa d’Albi.

Prix d’Honneur du Festival A Contre Sens de Paris 3.

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